Le passé est garant de la possibilité d’un autre avenir

Article : Le passé est garant de la possibilité d’un autre avenir
16 février 2019

Le passé est garant de la possibilité d’un autre avenir

Je dédie ce texte à tous ces hommes et femmes qui ont fait l’honneur de notre patrie et qui ne se sont jamais laissés avoir par une propagande imbécile, je le dédie à ces jeunes gens qui espèrent et croient en une autre Côte d’Ivoire, à l’effort de renouveau d’un pays comme le nôtre. A tous, je ne dis pas que l’on peut retourner en arrière, mais que le passé est garant de la possibilité d’un autre avenir.

Je suis fatigué de suivre le chemin des réformes démocratiques (de la refondation à l’émergence). Les ivoiriens n’ont plus d’argent et certains se sont noyés dans le gbêlè (l’alcool local). À la télévision, le vent des changements futurs hurle de façon inquiétante. Je veux faire demi-tour et retourner en arrière. Je veux un pays où il n’y ait pas de terroristes, de prostituées, de corps habillés racketteurs, de gouverneurs pourris, de francs CFA et de système pluripartiste. Qu’est-ce qu’on a gagné à jeter dehors une bande de fonctionnaires véreux si c’est pour en voir se multiplier quantité d’autres plus corrompus au langage grossier ? Ainsi, pour devenir libres, il nous fallait devenir miséreux ?! Et à qui avons-nous payé pour notre liberté et donné tout ce que nous avions ? Aux oligarques, aux politiciens, aux gangsters en col blanc, aux bureaucrates, ou est-ce la même chose ? Je désire à nouveau qu’on me parle toute la journée à la télévision des succès du socialisme, au lieu de me faire peur avec les échecs de tel ou tel gouvernement.

Laissez-moi retourner au passé ! Je saurai retrouver mon chemin, car nous avons peu à peu tout abandonné sur la route de l’émergence pour voyager plus légers. On nous a demandé de nous dépouiller de nos revendications syndicales, d’observer une trêve sociale. Nous avons accepté pour des raisons bancales. Je reprendrai tout cela en parcourant à l’envers le chemin de nos réformes et je ne retournerai pas dans le passé les mains vides. Dans un passé lointain, nous avons prêté de nombreux serments, et je ne sais pas pourquoi nous les avons tous brisés. Et ensuite vendu notre patrie…

Dans cette vie passée, j’ai juré au bon Dieu d’être fidèle à ma patrie. J’ai rompu le serment et je dois maintenant répondre face à mes camarades, qui ont également de leur côté trahi leur patrie et doivent répondre devant moi. Je me demande souvent pourquoi j’ai alors enfreint mon serment de neutralité et je ne me suis pas précipité pour défendre les richesses acquises de mon pays. C’était une trahison massive de nos idéaux socialistes et l’adhésion aux idéaux capitalistes, que nous sommes également prêts à rejeter aujourd’hui.

En vérité, ma patrie ne me donne plus de mitraillette pour lutter contre les entraves de la vie et fouille même par les rues les autres passants pour leur prendre leurs armes. Apparemment, la patrie n’attend plus d’acte héroïque de notre part, elle a été offensée et est fatiguée d’attendre. Et nous sentons à nouveau que la Côte d’Ivoire est en danger et nous cherchons comment nous enfuir.

Je le jure, croyez-moi, si vous pouvez encore me croire ! Il n’est jamais trop tard pour apprendre à vivre ensemble et il n’est même pas besoin d’apprendre, il suffit d’exister. Me lever le matin en écoutant les paroles de mon groupe Zouglou préféré, manger une tranche de manioc accompagné de mon vin de palme et passer fièrement la porte de ma chère usine. Je serai héros du travail bien fait, parole d’honneur, et j’achèterai sans tiquer des billets pour aller voir les matchs ASEC vs AFRICA !

Je veux retourner dans le passé, où nous sommes tous encore ensemble, tous vivants, où l’on n’a pas encore tiré un coup de fusil pour réclamer une prime, fait exploser, bombardé, divisé le peuple ivoirien. Si nous avons abandonné tout cela pour des centaines de variétés de saucisses de mauvaise qualité, de baskets et de bière en cannettes, alors reprenez tout, merci, je n’en veux plus. Je veux revenir au temps de Boigny, pas sur les traces hein, rassembler dans un même lieu tous les politiciens d’aujourd’hui, encore jeunes et intacts, leur raconter tout sur les vingt années suivantes et voir comment ils changeront d’avis.

Prenez tout, ça ne me dérange pas. Ce n’était pas du tout cher payé pour une vie tranquille. Je ne peux plus prendre le chemin des réformes. Oui, il faut que Houphouët-Boigny soit de nouveau en vie, que la patrie redevienne l’honneur et la conscience, que les enfants entrent sur les espaces de jeux et fassent du sport.
Il faut remettre tous les riches au niveau des pauvres. Fabriquer le gbêlè, et avec les Burkinabés, les Ghanéens, les Togolais et les autres peuples frères, boire et boire jusqu’à oublier l’inimitié. Alors les enfants d’aujourd’hui vivront déjà dans le futur. Et nos petits-enfants commenceront à construire la Côte d’Ivoire, pas tout de suite, bien sûr, mais ce sera un début.

C’est le vrai bonheur – ne rien avoir et ne rien perdre !

Je veux retourner dans le passé. Je vous attendrai tous là-bas.

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Commentaires

Ecclésiaste Deudjui
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Oulalala Mathias !! Je ne te connaissais pas si poétique. En lisant ce texte jai carrément eu la chair de poule ! Qu'est-ce que c'est beau ! Qu'est-ce que c'est tendre ! Qu'est-ce ce que c'est fort ! Moi aussi j'aimerai retourner dans le passé pour que tu continues à nous pondre des textes de cette qualité.
Franchement chapeau bas !!!!!!

Mathyas KOUADIO
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Merci Ecclésiaste. Le train du retour est en marche. Il n'est pas trop tard pour l'emprunter.