Gbaka moyen de transport d'abidjan
Gbaka moyen de transport d’Abidjan

Le touriste n’est jamais à court de superlatifs quand il décrit son séjour en Côte d’Ivoire. Les belles plages de Bassam, les dix-huit montagnes de Man, la basilique de Yamoussoukro sont autant d’images durablement fixées dans sa mémoire. Si les paysages sont grandioses et variés en terre éburnéen, c’est une attraction d’un tout autre genre qui sillonne les nombreuses routes d’Abidjan, le gbaka qui retiendra sans doute son attention.

Appelé aussi « wôrô-wôrô » ce qui traduit en malinké signifie « fatigué-fatigué », ce moyen de transport est devenu très populaire à Abidjan en raison de ses caractéristiques toutes particulières. Se déplacer en gbaka est toute une aventure, surtout quand le conducteur doit se frayer un chemin dans les interminables embouteillages d’Abidjan. Embarquons pour un court trajet au cœur d’Abidjan, afin de goûter à ces sensations.

L’embarquement pour notre virée se fait à un terminus, dans la commune d’Adjamé, où des dizaines de véhicules sont garés en attendant de s’éparpiller dans tous les azimuts. Il est 18 heures et l’endroit est une véritable ruche: travailleurs  commerçants et élèves, chacun choisi son gbaka, celui qui le conduira à bon port. Si vous vous approchez vous verré des noms peints sur les côtés comme « El Niño », « Le vainqueur », « Merci seigneur », « Le Jeune Riche ». D’autres ont opté pour des pensées populaires comme « Dieu est au contrôle », « Ne me suit pas de près »,  » La beauté d’un garçon c’est le travail ».

Le racolage des passagers est un spectacle unique. Pendant que le chauffeur gare son véhicule, l’apprenti crie a tue-tête l’itinéraire. Yopougon, abobo, riviéra, bingerville sont les destinations. Ne soyez pas surpris si vous entendez « Zoo ». Si vous embarquez, vous ne finirez pas parmi les lions et autres animaux, mais dans un quartier près du zoo d’Abidjan. Aux heures de point ce sont les clients qui se bousculent pour embarquer. A d’autres moments, c’est l’apprenti qui incitent les clients à emprunter son gbaka, ceux-ci ont évidemment beaucoup de mal à faire leur choix.

Le boom des nouvelles technologies a contribué, un temps soit, a aimé davantage le gbaka. De petits hauts parleurs suspendus au plafond diffusent, aujourd’hui, une musique tantôt bruyante, tantôt sourdine qui apaise les voyageurs. D’autres on opté pour un poste téléviseur qui projette de belles vidéos. Voilà dix minutes que toutes les places sont occupées. Pourtant, notre gbaka n’a pas bougé d’un centimètre. Pourquoi cette attente? L’apprenti est en pleine discussion avec les « gnambro«  une sorte de syndicat dans le domaine des transports réputé être  souvent violent.

Enfin nous roulons! Des conversations animées s’établissent entre de parfaits inconnus, souvent sur les Nouvelles du pays mais beaucoup plus au sujet de l’équipe nationale de football. Après quelques mètres parcourus l’apprenti commence à réciter sa leçon:

« Deux devant transport. Pardonnez avec la monnaie ».

Quand vous entendez ces phrases c’est donc le moment de payer. 300 francs CFA pour certaines destinations, 250 francs CFA pour d’autres ou encore 200 francs CFA. L’apprenti fait son possible pour encaisser l’argent auprès des passagers bruyants, dont certains ne sont guère coopératifs. Même si souvent il ne tient pas compte des réflexions grinçantes, il sait aussi donner des coups là où ça fait mal. Mais l’argent n’est seulement pas le nerf de la guerre entre apprenti et clients de gbaka.

Apprenti gbaka appelant des clients
Apprenti gbaka attirant l’attention par des cris, des gesticulations et des acrobaties

Le gbaka est un mode de transport complexe et n’est restreint à aucun itinéraire. Pour respecter un horaire qu’il s’impose à lui- même, le chauffeur se faufile dans le moindre espace, y compris sur les trottoirs, évitant parfois les piétons de justesse. Ce qui n’est pas sans provoqué la colère des passagers. L’apprenti doit donc avertir le chauffeur lorsqu’un passager souhaite débarquer, tout en étant à l’affût d’éventuels clients. Pour prévenir le chauffeur, il frappe sur le toit avec une pièce d’argent ou sa main. Il n’existe pas d’arrêt officiel. Le gbaka peut donc faire halte n’importe où et n’importe quand, que ce soit pour descendre des passagers ou pour en prendre.

Nous voilà arrivés à notre destination. A présent, il est temps pour notre gbaka de faire le trajet retour. Il prendra d’autres clients en route, qui vivront la même expérience que nous. Le secteur des gbaka est une véritable industrie brassant des millions de francs CFA. Quoique décriés par certains, les gbaka restent un moyen de transport rapide accessible aux bas revenus de la population abidjannaise.

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