Ce sujet, je vais le traiter d’un point de vue philosophique. Être indifférent ne signifie pas que nous sommes incapables de faire la différence entre une chose et une autre. L’indifférence est une prise de position, l’état d’une personne qui n’extériorise pas ses sentiments et ses états d’âme, voire qui n’a aucun intérêt pour ce qui l’entoure. L’indifférence n’est donc pas le contraire de la différence (objet de comparaison ou de distinction d’une chose par rapport à une autre).

L’indifférence, c’est une distance suffisamment grande que met une personne entre elle et un objet, jusqu’à ce qu’il ne le considère pas. Cette distance bien souvent est reprochée, c’est pourquoi l’indifférence n’est pas considérée comme vertueuse. On l’associe trop à l’égoïsme, en estimant que celui qui est indifférent n’accorde de la valeur qu’a lui-même, à cause de son égotisme extrême. On peut pourtant être égoïste sans être indifférent. Mais en justice, il faut être indifférent sur le plan émotionnel pour être apte à juger sans passion. C’est l’indifférence justement qui va guider le juge afin de lui permettre de faire la part des choses, de faire la différence. Dans ce cas-là, l’indifférence participe à la vertu.

L’indifférence en amour tue. Les femmes d’Abidjan le savent très bien, mais s’entêtent quand même. Certaines se caparaçonnent dans des vêtements de luxe, d’autres se harnachent pour séduire des « gars» qui ne veulent pas d’elles. Elles vont insister, insister et insister. Quand les garçons décident de s’y aventurer, ils finissent par leur imposer des comportements et les tenir à leurs pieds. Ces filles oublient que l’indifférence est la meilleure preuve du « non-amour ». L’intérêt, la tendresse et l’amour ne parlent pas le même langage que l’égoïsme ou l’indifférence. Même si les hommes et les femmes sont différents, l’intérêt mutuel et la réciprocité sentimentale sont des choses auxquelles personne ne doit renoncer, pas même au nom d’une relation stable. Le désintérêt réitéré est celui qui marque les différences.

L’indifférence continuelle a d’autres couleurs et nous pouvons voir dans leur reflet l’égoïsme et le désintérêt démesurés.
Les politiciens ivoiriens se laissent aller à l’indifférence, parfois empreinte de mépris. Elle provoque parfois des situations douloureuses, qui détériorent la vision et l’estime que le peuple a d’eux. Chaque jour, ils nous rabâchent les oreilles avec leurs « refondation », « émergence » et « Ivoiriens nouveaux ». On a tout de suite accroché aux concepts, pour des raisons bancales. Mais, en y creusant bien, nous nous sommes fait avoir par l’indifférence de ces politiciens. On appréhende toujours qu’ils nous annoncent un « Patriot Act » à l’ivoirienne, dont l’objectif, disent-ils, est de déceler et contrer les terroristes de la République peuplée d’Ivoiriens nouveaux. Après une marche contre la hausse du prix du carburant, des denrées alimentaires de base, de l’électricité et de bien d’autres choses, nous devons nous en tenir au très banal « la vie doit reprendre, les commerces doivent rouvrir » de nos politiciens. Ils prouvent ainsi leur indifférence à l’égard de nos conditions de vie lamentables. Ceux qui ont déjà vécu dans des pays dits émergents savent que la terre d’Eburnie est en train de photocopier, dans les têtes, le même système qui oppose riches et pauvres, toutes proportions gardées. Face à des sujets plus graves ou plus sérieux, ils n’hésitent pas à s’inspirer d’une locution latine qui fleure bon les pages roses de Juvénal :
Donnez-leur du pain et des jeux
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 « Panem et circences », dans l’indifférence.

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